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Chez Pull-Up, nous avons un strabisme confirmé. Dès qu’il s’agit de musique, notre regard se tourne naturellement vers les Caraïbes d’un côté et l’Europe de l’autre. Pour l’Europe, les anciennes puissances coloniales que sont la Grande-Bretagne et la France nous influencent grandement. Ces deux pays ont naturellement développé des mouvances musicales en lien avec leurs anciennes colonies caribéennes. Sur leurs terres d’électro, les British et les Frenchies sont notamment devenus les fers de lance du mouvement dub 2.0.

Pour l’édition #12 des soirées Pull-Up Selecta qui aura lieu le vendredi 2 juin, nous avons donc décidé de remettre le dub à l’honneur avec une soirée 100% dub. Ceux qui pensent se faire chier solide avec un six heures de rythmes lents et de la reverb en masse n’ont pas encore compris à quel point ce genre s’est décliné et a évolué ces 20 dernières années. Nous aurons le plaisir d’écouter du dub jamaïcain avec le Worldwild Sound-System, du frenchdub avec un set spécial préparé par Don Mescal, une performance entre électro-dub et steppa avec Formal G et Clinton Sly, ainsi qu’une prestation live machine avec Jean-Paul Dub aka Pablo Wobble, un producteur français qui jouera pour la première fois à Montréal. Nous avons décidé de vous le faire connaître un peu plus en lui posant quelques questions.

Jean-Paul Dub, de Vaticaen Production, es-tu religieux ? Si non, l’humour semble tenir une place importante dans ta vie. Où et comment est venu le choix de ton nom ? 

Ce qui était une blague au départ dans le cadre du Festival du Groland (une émission de télé française) est finalement resté, sous la pression de mes amis et des membres de mon groupe de l’époque. J’ai ensuite monté mon label Vaticaen Production en 2011, spécialisé en bass music et en dub. À partir de 2012, je suis parti régulièrement en pèlerinage en Pologne avec mon bassiste, qui m’accompagne parfois en live et est originaire de Silésie. Nous prêchons la bonne parole dans des festivals, des clubs et des squats avec nos fidèles camarades Gradu Minimo et Jabbadub. Je ne suis affilié à aucune religion et je respecte toutes les croyances sans exception. Je sais à quel point elles sont un lien social fort pour fédérer les peuples. Cependant, l’humour est aussi un puissant vecteur d’optimisme et je pense que c’est important de transmettre cette énergie à travers un pseudonyme, un titre de chanson ou plus généralement sa musique.

Comment peut-on décrire ton son ? De l’ethno-dub ? 

Ethno-dub convient très bien ! Même si l’on trouve du reggae, de la jungle, de la drum and bass, et même de la trance dans mes sets. Cette diversité permet de m’adapter au public et de ne pas me cantonner au dub ethnique. Mes premières influences sont Kaly Live Dub, High Tone, Zenzile et Improvisator Dub pour le frenchdub, et c’est vrai que j’ai été marqué par les premiers albums de ces groupes qui sont pour moi la genèse d’une nouvelle dynamique qui allait envahir le monde quelques années plus tard. Aujourd’hui, je suis influencé par la scène UK stepper : Vibronics, Alpha Steppa ou The Disciples, et les incontournables de la scène dub française que sont Panda Dub, Kanka et surtout Brain Damage.

Que penses-tu de la vague dub qui se répand depuis quelques années en Europe etailleurs ?

Face à l’industrie musicale mondialisée et aux flux ininterrompus de variété de très faible qualité (pour rester poli) sur le web, dans les radios et à la télé, nous ne pouvons que nous réjouir de la propagation de cette vague dub, autant pour la qualité de ses productions, qui peuvent souvent rivaliser avec la variété ultra-qualibrée, que pour son état d’esprit général très peace, « dub it yourself ».

Quels sont ceux par qui le mouvement avance selon toi ?

En France, nous avons perdu un peu de dynamique au niveau des labels il y a quelques années, avec notamment les difficultés qu’ont pu rencontrer Jarring Effect ou d’autres labels qui ont été rachetés par les majors. Et puis il y a eu le renouveau avec le libre téléchargement et la création de plateformes comme Original Dub Gathering, avec qui je collabore pour les sorties de compilations Vaticaen Box. Actuellement, ODG sort les meilleurs albums dub en free à mon avis, comme Panda Dub, Kanka, Ondubground… La liste est longue et la qualité est toujours au rendez-vous.

Je pourrais aussi citer Marée Bass et évidemment Culture Dub, qui fédèrent le
mouvement en France et à l’étranger grâce à internet et à la radio. Au niveau international, il y a beaucoup de petits producteurs qui m’envoient leurs compositions dans le cadre d’une compilation en soutien aux victimes de la guerre en Syrie (Dubs for Syria). Je suis souvent surpris par la qualité de restitution et de dynamique de certains morceaux fabriqués à la maison, aux quatre coins de la planète, sans prétention. J’ai eu l’occasion de croiser plusieurs fois Jesse (Dubmatix), un grand producteur canadien qui sort toujours des belles tracks et donne des packs de samples gratuitement. J’adore aussi la dynamique et les compositions de mes amis polonais Jabbadub et Gradu Minimo. Je pourrais encore citer Soom T, avec qui j’ai collaboré récemment.

Ce mouvement avance grâce à tous ces gens, ces sound-systems et  festivals qui agissent pour la plupart dans un esprit de partage et de liberté, sans que le désir de vendre des disques soit la priorité. Je pourrais en parler des heures…

Tu sembles avoir plusieurs flèches à ton arc, tu es notamment VJ.  Quelles sont tes autresactivités ? 

Je pratique la vidéo depuis 2004, seul et auprès de plusieurs collectifs de ma région. En 2011, j’ai monté ma propre structure, Bandit Visions. Nous sommes spécialisés dans le mapping video, activité que l’on peut résumer comme étant une technique de projection d’images sur des éléments en volumes, souvent des édifices chargés d’histoire. Nous avons réalisé quelques beaux projets, notamment sur l’Université et l’Abbaye aux Dames de Caen, ou encore sur le théâtre de Chartres. Nous faisons aussi beaucoup de mapping et de diffusion multi-écrans pour des soirées électro. Grâce à nos activités, nous avons pu rencontrer des grands noms de cette scène : Benga, Digital Mystics, Plastician, Crystal Distortion, 69 db… et tellement d’autres.

Ce sera ta première fois à Montréal ? 

J’ai eu l’occasion de voyager beaucoup mais je n’ai jamais eu la chance de jouer sur un autre continent. Ce sera une première pour moi et je pense le début d’une aventure qui durera ! J’ai toutefois été présent virtuellement car j’ai sorti un album sur un label anglo-canadien Svaha Sound en 2015. Je sais aussi que quelques radios canadiennes et américaines diffusent ma musique.

Qu’as-tu à dire aux fêtards qui veulent venir à la Pull-Up #12 et voir ton live ? 

Si vous aimez le reggae, le dub et l’expérimentation, vous serez servis ! Je jouerai mon album Worlds Inside, pas mal de remixes de standards d’High Tone, Pupajim ou encore Mexican Stepper, et quelques extraits d’un nouvel album que je prépare pour 2018.

Mon dispositif pour jouer en live me permet d’envoyer les effects (reverb, delay…) en direct, ce qui offre de larges possibilités d’improvisation. Je fais aussi quelques morceaux au mélodica, que je n’oublierais pas de mettre dans ma valise. Il n’est pas exclu non plus que des invités-surprises prennent le micro comme cela arrive souvent (MC ou soliste). Les derniers live que j’ai réalisés cette année en Ukraine, à Paris et en festival étaient électriques, donc je pense que vous devriez passer un bon moment, et moi aussi ! Dubwise !